Entreprendre est loin d’être le chemin le plus facile qui mène à la réussite. Bien que l’écosystème des affaires s’améliore, il n’en demeure pas moins que ça reste un parcours de combattant. Nous avons reçu en grande interview de ce mois, Hervé Joël N’Guessan, Docteur pharmacien, mais également entrepreneur dans plusieurs secteurs dont l’évènementiel et le digital. Il partage avec vous son histoire, son expérience, sa vision et ses ambitions.
Comment se porte le secteur pharmaceutique en Côte d’Ivoire et en Afrique ?
Le secteur pharmaceutique en Côte d’Ivoire se porte bien dans l’ensemble, les conditions d’approvisionnement des officines de pharmacie se sont améliorées avec l’installation d’une Centrale d’achat. Aussi, il faut noter que l’État a mis en œuvre une politique sanitaire pour d’une part, lutter contre la prolifération des médicaments contrefaits et d’autre part, favoriser l’installation des industries pharmaceutiques, ceci dans le but d’améliorer l’accès aux médicaments essentiels de bonne qualité.
Quel est votre regard sur l’entrepreneuriat en Afrique de façon générale et surtout en Côte d’Ivoire ?
A mon avis, l’entrepreneuriat en Afrique a de beaux jours devant lui. Aujourd’hui, l’on note dans tous les secteurs ou presque, un dynamisme entrepreneurial sans précédent en Côte d’Ivoire, mais également dans toute l’Afrique. On remarque aussi que les pouvoirs publics sur le continent essaient de jouer leur rôle, afin de faciliter l’accès aux financements pour des milliers de jeunes qui, à cause du chômage, voient en l’entrepreneuriat une alternative crédible.
Certains experts estiment que les vraies problématiques de l’entrepreneuriat en Afrique sont le financement et la formation. Partagez-vous ce point de vue ?
Oui effectivement, je suis tout à fait d’accord ! L’absence de formation spécifique et le manque d’accès aux financements sont sans aucun doute des freins pour l’entrepreneuriat en Afrique. Cependant, il existe heureusement des initiatives de certains leaders, des associations, des grandes entreprises qui visent à stimuler la fibre entrepreneuriale au niveau de la jeunesse par du mentorat, du coaching et des jeux concours. Leurs actions combinées participent à créer un environnement favorable à l’émergence des entreprises.
Quelle est votre analyse du problème de financement auquel sont confrontés les jeunes entrepreneurs africains ?
Même si le financement ne garantit pas le succès d’une activité ou d’un projet, il est bon de souligner qu’il demeure indispensable pour le développement de toute entreprise. En Côte d’Ivoire et dans la plupart des pays africains, le manque d’accès aux financements pour les entrepreneurs est effectivement une réalité. Les entrepreneurs voient leurs demandes de financement rejetées par les banques à cause et surtout de leur incapacité à remplir entièrement les conditions d’accès aux prêts que certains jugent excessives.
On demande par exemple à un entrepreneur qui vient de démarrer son activité de fournir, comme garantie, les papiers d’un bien immobilier en son nom, ce qui s’avère carrément impossible pour la plupart d’entre eux. Sans compter également les autres documents administratifs et financiers réclamés par les banquiers et dont l’élaboration par les cabinets juridiques et financiers (business plan et les documents juridiques) coûte une petite fortune. Les microfinances ont certes joué leur rôle en proposant une offre de financement plus adaptée aux PME qui ont rejoint massive-épouse et surtout le soutien familial. C’est dans la même dynamique instinctive de diversification des activités que je me suis lancé dès 2015 dans le digital qui comporte un énorme potentiel d’affaires. Vous êtes le promoteur de l’application Skyros-rose.
Racontez-nous l’histoire qui a conduit à la mise en place de cette application ? Comment fonctionne-t-elle ? Est-elle vraiment rentable ?
En 2015, j’ai personnellement jugé la sponsorisation publicitaire, telle que mise en œuvre sur le réseau social Facebook, efficace, mais trop impersonnelle qui fonctionne selon le schéma suivant : une entreprise X fait la publicité de son produit X1 à l’attention des consommateurs. C’est de la publicité B to C (Business to Costumer – NDLR). Pour ma part, la meilleure publicité demeure le bouche-à-oreille, la publicité C to C (Costumer to Costumer –NDLR).Je suis donc rentré en réflexion pour concevoir un modèle de publicité qui reflète ma perception. Mes idées ne sont pas très claires, cependant elles concourent à mettre en place une plateforme d’où la publicité est véhiculée par les personnes elles-mêmes à l’endroit de leur communauté et à travers leurs profils sur les réseaux sociaux, afin que les stories Facebook, Instagram, les fils d’actualité, les statuts WhatsApp deviennent des supports publicitaires à part entière au même titre que les panneaux de 12 mètres carrés.
À cette époque, j’ai essayé d’acheter carrément une page Facebook très connue de la place et qui fait la promotion évènementielle, pour mener à bien cette activité, mais le deal échoue. C’est à cet instant que je réalise que la popularité grandissante des systèmes informatiques appelés applications, pourraient me permettre d’avoir plus d’autonomies et de possibilités pour mener à bien cette activité publicitaire. C’est de là que Skyros-rose est créée. L’application Skyros-rose est disponible en téléchargement sur App Store et Play store à partir premier trimestre de 2021. Au 4e trimestre de 2021, nous avons atteint la barre des 100.000 adhérents pratiquants l’activité dénommée le « pop sharing » et sans oublier notre portefeuille clientèle qui s’est renforcé avec plus de 200 campagnes publicitaires pour un peu plus de 50 annonceurs (grande entreprise, agence de communication, PME). Dans ce même temps, nous avons distribué plus de 30 millions de FCFA de revenus publicitaires et ce n’est qu’un début.
Nous avons démarré au premier trimestre de 2022 une activité statistique avec différents sondages pratiqués sur notre communauté pour le compte des politiques, des grandes entreprises et de certains ministères. Ce qui devrait également participer à renforcer et diversifier nos sources de revenus.
Quel est votre message à l’endroit des entrepreneurs africains ?
Je suis très optimiste pour l’Afrique de demain. Ça fait partie de ma philosophie et je voudrais dire aux entrepreneurs africains de rester concentrer et déterminer, l’avenir du monde se joue en Afrique. Cyprien KOBOUDE
Biographie :Dr HERVÉ JOËL N’GUESSAN :UN PHARMACIEN AMOUREUX DU DIGITAL
L’ivoirien Hervé Joël N’guessan fait partie de la nouvelle génération de jeunes Africains qui veulent marquer positivement leur continent en s’appuyant sur l’innovation. Après avoir obtenu son diplôme de pharmacien en juillet 2016, ce jeune de 36 ans n’a pas cessé de réfléchir à quelle solution proposée pour aider les entreprises de son pays à avoir de la visibilité. Ayant toujours été attaché au secteur du digital, Hervé a eu l’idée géniale de créer en 2021, la toute première application spécialisée en publicité digitale C to C en Côte d’Ivoire. Baptisée Skyros-rose cette application a pour but de favoriser la publicité du « bouche-à-oreille ».
La plateforme se présente comme un excellent canal où la publicité est véhiculée par les personnes elles-mêmes à l’endroit de leur communauté et à travers leurs profils sur les réseaux sociaux. L’objectif c’est de permettre aux stories Facebook, Instagram, les fils d’actualité, les statuts WhatsApp de devenir des supports publicitaires à part entière au même titre que les panneaux de 12 mètres carrés au bord des grandes routes.
Depuis son lancement, Skyros-rose connait un succès impressionnant avec déjà plus de 100 000 adhérents. Un esprit d’entrepreneur hérité des parents Hervé Joël N’guessan est le deuxième d’une famille de 6 enfants. Ses parents sont des entrepreneurs dont il s’est inspiré. Son père a investi dans le secteur de la pharmacie et sa mère est une économiste et chef d’entreprises. Après avoir suivi les traces de son père en investissant également dans la pharmacie, Hervé a ensuite embrassé le domaine de l’évènementiel. En 2012, Il a mis en place une compagnie évènementielle et un espace évènementiel. La compagnie fonctionne « grâce à des collaborateurs formidables dont mon épouse et surtout le soutien familial »,s’est-il confié dans une interview. Mais depuis 2015, il est à fond dans le digital qui comporte selon lui, un énorme potentiel d’affaires.
Le numérique est un secteur qui le passionne beaucoup. Ses premiers modèles au niveau du monde des affaires demeurent ses parents. « Le slogan de ma mère est : « ex nihilo » qui veut dire : « on peut partir de rien… ». Cet état d’esprit m’a toujours inspiré. Je suis surtout plein d’admiration à leur égard à cause de leur foi, leur humilité et leur sens élevé de la probité », a-t-il déclaré. Il a toutefois appris à apprécier, mais à ne pas envier certains modèles de réussite. Marié et père de trois enfants, Hervé Joël N’guessan a révélé être un passionné du monde animal et aime la pêche sportive. Il joue également au golf et au tennis.
Cyprien KOBOUDE