ELHADJ YOUSSOUF TOURÉ, PDG DE DIABALY-TRANSIT

El Hadj Youssouf Touré règne en maître sur le secteur du transit à travers l’entre-prise qu’il a créée il y a dix ans, dans son pays, le Mali : Diabaly-Transit. Distingué ‘’Meilleur opérateur économique’’ à Kigali lors du Prix Africain de Développement, il évoque dans cette interview les clés de sa réussite et revient sur l’impact de la crise liée à la Covid-19 et plus récemment à la guerre en Ukraine sur le secteur du transit et notamment sur les activités de sa société.

KANU : Monsieur Youssouf TOURE, vous venez une fois encore de vous distinguer dans votre secteur d’activité en remportant successivement des prix qui témoignent de votre sens managérial et des efforts à créer de la richesse. Que vous inspirent ces distinctions, en tant qu’opérateur économique ma lien dans un contexte aussi difficile que celui actuel avec la crise mondiale qui plombe le secteur ?

El Hadj Youssouf TOURE : Je commence tout d’abord par saluer vos nombreux lecteurs qui, j’en suis certain, auront un grand plaisir, à travers ces lignes, à faire une immersion dans l’univers « Diabaly-Transit » qui se veut une entreprise ambassadrice du savoir entreprendre, un label Mali ; donc, une marque africaine. Je remercie le magazine KANU pour le choix porté sur ma personne pour parler de notre par cours, notre expérience, les valeurs que nous cultivons, notre vision du développement du Mali, du continent, nos ambitions. S’agissant de la réponse à votre question, je vois à travers ces distinctions, une invite à re doubler d’ardeur, à se surpasser, car ce que je considère comme une marque de confiance, de célébration de nos actions pour le développement durable et la croissance est, à mon avis, une charge de plus. L’on dit que le plus difficile n’est pas de se hisser à un niveau supérieur, mais d’y rester. En septembre 2020 déjà, nous avons été lauréats du Prix Africain de l’Emergence et du Dé- veloppement (PAFED) à travers notre distinction « Le Prix Africain du Meilleur Manager du secteur du Transit ». La même année, en octobre à Kigali, le groupe Diabaly-Transit s’est également distingué au Prix Africain de Développement (PADEV) décerné par la Fondation 225 du Rwanda. Pour l’édition 2021 du PAFED, Diabaly-Transit rempile avec « le Prix du meilleur Artisan des Œuvres Citoyennes pour son importante Contribution à l’édification de l’Afrique ». Et aujourd’hui, lors du PADEV Kigali 2022, African Développement Award, DIABALY est sacré « Meilleur opérateur économique ».Vous voyez là que ce dernier prix nous sort du seul cercle du transit, notre cœur de métier initial, et édifie sur l’élargissement du service Diabaly-Transit à d’autres activités du champ économique. Mais comment ce fut possible avec la crise mondiale, engendrée par plusieurs facteurs qui plombent le secteur du transit ? Je réponds, tout de go, que c’est parce que nous avons consolidé notre résilience par notre stratégie d’innovation, d’adaptation à ce nouvel ordre géopolitique, géostratégique et géoéconomique mondial. Car à Diabaly-Transit, nous progressons avec une feuille de route interne, dont le socle est la prospérité nourrie par l’anticipation

D’aucuns voient à travers votre parcours, l’expression d’une capacité à réellement impacter le secteur des transports et de la logistique, domaine d’activité nécessitant de gros investissements. Pourriez-vous présenter à nos lecteurs ce parcours atypique qui fait aujourd’hui florès ?

C’est vrai que notre parcours peut retenir l’attention par notre ascension quelque peu rapide pour nous-mêmes, mais que d’aucuns quali- fient de fulgurante, car nous avons seulement une dizaine d’années de parcours dans le transit, commissionnaire agréé en Douane.

Alors, ici, la recette, nous ne la protégeons guère. D’ailleurs, nous voulons qu’elle soit implémentée par tous, pour mieux renforcer le tissu économique du pays. D’abord, comme je l’ai évoqué un peu plus haut, il faut aimer ce que l’on fait, se fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre ; ces moyens, c’est le choix des hommes à qui vous inculquez des valeurs pour asseoir une véritable culture d’entreprise.

Le transit est un secteur très sensible, tenu par une règle primordiale : le respect des délais contractuels. Et pour réunir cela, il faut de la rigueur dans la souplesse ; l’autre volet important, c’est d’être en phase avec ses obligations douanières, seule attitude qui vaille pour ces soldats de l’économie. Si vous réussissez sur ces deux leviers, vous avez de fortes chances de gravir les marches de l’escalier, car la confiance s’ins- talle, et c’est justement de la confiance que découlent les partenariats stratégiques, source de financement et de mobilisation de capitaux.

La réussite d’un manager tient également à certains éléments exogènes qu’il nous plait de vous voir énumérer. Quels sont ces élé- ments et en quoi concourent-ils concrètement à votre essor dans le secteur ?

Je vous ai dit tantôt que le caractère dit global du monde des affaires sur la planète fait en sorte que « un séisme » quelque part envoie ses ondes de choc chez d’autres. Vous voyez un peu les conséquences de la situation Russie–Ukraine, la Covid est passée par là, les conflits sous régio- naux font aussi partie du lot. Voilà, ce qui peut impacter négativement.

De l’autre côté, il y a le positif ; c’est le potentiel humain et ses autres ressources qui peuvent être des éléments attractifs pour des partenaires et investisseurs. Moi, j’ai profité de la renommée du potentiel humain des Maliens. Ils sont connus comme étant de gros travailleurs avec une culture entrepreneuriale qui remonte à plusieurs siècles. Et justement, malgré la situation sécuritaire du pays, ce qui n’est d’ailleurs pas une exclusivité malienne, le pays reste une destination prisée des investisseurs.

Les clés de réussite pour un homme d’affaires, c’est d’abord le goût de l’aventure et du risque, mais un risque mesuré. Les autres qualités suivent, c’est-à-dire l’honnêteté, la persévérance, le leadership ; bref, les attitudes ver- tueuses.

Entreprendre en Afrique reste un risque à surmonter avec abnégation. Ceci du fait des conditions et de la frilosité des institutions financières à accompagner les entreprises, surtout celles en construction. S’agissant de votre cas, quels ont été les leviers sur les- quels vous vous êtes appuyé pour relever le défi et connaître le succès qui fait de vous aujourd’hui un exemple ?

Pourquoi c’est l’Afrique qui serait le continent du risque ? Vous savez le nombre de fois qu’on court le risque de mourir dans une très grande ville européenne par rapport à un village africain ? C’est souvent mille fois plus. Vous savez que les ressources sont ici chez nous en Afrique et ce que nous appelons « moyens » sont ailleurs. Alors, il s’agit pour nous Africains de prouver avec assurance, détermination, conviction ferme, que nous sommes dans un process WIN-WIN (gagnant-gagnant), en nous débarrassant de cet Afro-pessimisme, de ce sentiment de condescendance et de frilosité.

Cependant, il y a des habitudes dont il faut se débarrasser si nous voulons être au rendez-vous du monde, tout comme nous devons rejeter des pratiques malsaines venues d’ailleurs, qui ne répondent pas à nos réalités et valeurs domestiques. Moi, j’ai tenté la symbiose, et ç’a l’air d’aller.

Vous considérez-vous comme un chanceux ou quelqu’un qui a su saisir une opportunité pour gravir les marches de la réussite ? Ou comme un homme qui a bénéficié de coups de pouce politique ?

Chance et opportunité pour moi sont dans le même sac. Si vous avez la chance de tomber sur une opportunité et que vous ne la saisis- sez pas, ça ne marche pas. Avoir l’opportunité d’un coup de pouce est aussi une question de chance. Moi, ce n’est pas le chemin par lequel je suis passé. Mais par contre, pensez-vous que les affaires peuvent prospérer si le pays en question n’a pas une bonne politique pour la promotion des affaires ?

Vous voyez comment ces pays riches déve- loppent des politiques de soutien en faveur de leurs agriculteurs, industriels, hommes d’af- faires et autres ? Nous devrons nous débar- rasser des clichés dans le genre et mettre nos efforts en commun, mais que chacun joue sur son terrain ; l’essentiel est que le pays se dé- veloppe, pas pour un groupement, mais pour l’ensemble des citoyens. Je suis entrepreneur dans l’âme avec comme but de réaliser des bé- néfices et partager les profits.

Au firmament de la réussite, quelles sont vos ambitions ou perspectives pour le groupe que vous portez ? L’entreprise vise-t-elle une extension de ses activités dans la sous-ré- gion ou sur le continent ?

C’est déjà une réalité, je vous ai dit que nous sommes dans plusieurs pays en Afrique, en Europe, et ailleurs. Le maillage poursuit son cours avec de nombreux partenariats stratégiques, des investisseurs potentiels dans plusieurs secteurs d’activités, des projets innovants à concrétiser dans les plus brefs délais. Vous savez, le business n’aime pas le surplace, il faut bouger, innover, créer et surveiller de façon permanente l’environnement interne et externe.

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