KODJO HOUNGBÊMÈ :« LES INDUSTRIES CRÉATIVES ET CULTURELLES REPRÉSENTENT LE NOUVEAU PÉTROLE EN AFRIQUE »

Aujourd’hui on parle des industries créatives et culturelles et qui dit industrie dit mécanisme de rentabilité, de productivité et donc avec une règlementation bien précise et une structuration qui va permettre à tous les maillons de la chaine de valeurs de pouvoir investir, générer des revenus et faire du profit, créer des emplois avec en accompagnement, un système social. Pour que les artistes puissent vivre de leur métier, il faut mettre en place ce cadre légal et occulter la vision sociale. Réformer le secteur avec des règles d’employabilité du personnel et attirer les investisseurs internationaux. Le numérique et la digitalisation confèrent aux Industries créatives et culturelles un taux de croissance extraordinaire. C’est un secteur dirigé par des oligopoles comme Google, YouTube, Spotify, etc. Et à partir de leur algorithme développé, n’importe quelle création pourrait en bénéficier pour générer du revenu. Toutefois, la question aujourd’hui reste comment mettre en place des textes de lois, des accompagnements, qui vont favoriser la création d’un écosystème de marché mercantile aussi bien pour l’offre que la demande. Certes autrefois, il existait la vente des CD, DVD et d’autres supports physiques qui permettaient de générer des revenus, mais aujourd’hui cette manière tend à disparaitre. Il est donc important de s’adapter à la technologie numérique et l’Etat à un grand rôle à y jouer. Chaque œuvre numérique a une identité numérique. On appelle cela le code IRCC et l’Afrique est le seul continent où nous ne disposons pas de traçabilité de nos œuvres numériques. Les œuvres d’Afrique on soit des numéros français où américains. La mise en place de ces ajustements permettra de créer un statut légal à tous les acteurs qui sortiront ainsi de l’informel. Est-ce que les nouveaux outils de communication notamment les réseaux sociaux profitent véritablement aux artistes africains ?Absolument Oui ! L’avènement du digital, des réseaux sociaux, la communication via le numérique a totalement démocratisé la visibilité des acteurs culturels. Il leur faut juste prendre le temps de développer leur réseau pour se faire connaitre. Il n’y a plus de barrières liées aux moyens financiers pour accéder à la télévision et à la radio. Aujourd’hui en maitrisant les algorithmes de développement de visibilité sur Facebook, TikTok, Instagram, etc. et en construisant progressivement leur réseau, beaucoup d’artistes sont autonomes et développent leur écosystème avec leur fan. Les réseaux sociaux, c’est aussi l’ouverture sur le monde entier. Si les artistes africains en bénéficient pour leur promotion, bien peu profitent de sa rentabilité financière vu que ces plateformes américaines sont très prudentes par rapport à l’Afrique concernant la monétisation. Certaines plateformes comme Facebook et YouTube ont su trouver tout de même des astuces pour faire monétiser leurs espaces et créer un modèle économique sur l’Afrique qui tend à s’élargir. Ainsi, les artistes ou les créateurs culturels africains n’en bénéficieront davantage que lorsque des rapprochements seront faits entre les Etats et ces grandes structures américaines ou européennes, pour faciliter la monétisation locale des œuvres de nos acteurs culturels. Entre le taux de pénétration, la qualité de l’internet et le coût de plus en plus élevé de la production, quel peut être le modèle économique pour encadrer le milieu ?C’est un tour de table qui doit être organisé par les Etats. Ils sont garants de la population et les représentants des filières des industries créatives et culturelles ont besoin de bénéficier de meilleures conditions d’accès à la data ainsi, les acteurs économiques du digital tels que les opérateurs téléphoniques et les opérateurs de distribution des offres data pourraient mettre en place des conditions de consommation de data spécifique à la culture. On entend très peu parler des activités de «Nouvelle Donne » depuis quelques années. Existe-t-elle toujours et quels sont les projets en cours ?« Nouvelle Donne » est une structure qui a connu son apogée en France avec un rayonnement sur l’Afrique francophone. Depuis une dizaine d’années j’ai levé le pied sur la France pour nourrir un rêve africain avec ces deux dernières années qui se transforment en un rêve béninois. Oui ! Les projets ont été réorientés. Chose qui représente un véritable challenge, le marché africain n’étant pas un réel marché, il n’est pas aisé de toujours s’investir et investir financièrement sans perspective de retour sur investissement. Depuis 2017, je suis à l’initiative d’une nouvelle plateforme télévisuelle qui s’appelle DBM, j’ai ainsi voulu apporter une nouvelle opportunité, une nouvelle approche pour accompagner les contenus afro-urbain d’ici et d’ailleurs. Aujourd’hui je me consacre beaucoup plus à développer le media DBM qu’à la production d’artistes afin d’offrir une alternative à la diffusion sur le continent et créer une plateforme qui permettrait d’assurer la production des œuvres et leur vulgarisation de bout en bout ; d’où l’avènement de DBM qui est un projet télé, mais aussi digital à travers les applications DBM TV et My DBM disponibles pour Android et Apple store. On tente au mieux de polir pour recréer un univers culturel rentable pour tous. Le problème étant d’ordre macroéconomique, depuis deux années je me suis donc aussi concentrée sur le Bénin afin de pouvoir mieux cerner les réalités, partager avec l’Etat béninois mon expertise pour participer à l’émergence de la création d’un écosystème qui permettra d’envisager de la rentabilité. D’où ce silence !Votre mot de fin. Il faudrait que les décideurs politiques de notre continent ouvrent davantage l’œil sur le secteur de la culture. Les industries créatives et culturelles représentent aujourd’hui le nouveau pétrole de nos pays. C’est une source de rentabilité, de croissance du PIB, de création d’emploi. Il est important d’associer à cette vision des compétences pratiques et non théoriques qui ont à cœurl e positionnement d’une Afrique culturelle et créative fortement industrialisée capable de compétir à l ‘échelle mondiale.

Cyprien KOBOUDE

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter ici.