Les cosmétiques en Afrique :un marché en pleine expansion malgré les défis.

Le marché des cosmétiques en Afrique est en plein essor. Ces dernières années, le secteur a fait des progrès considérables et devrait poursuivre sa croissance. Un rapport publié en 2021 par le média spécialisé beauté noire et métissée en Afrique, Setalmaa révèle que le marché des cosmétiques atteindra près de 9 milliards d’euros ou plus d’ici 2025. Une expansion qui sera favorisée par le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Pour répondre à la demande croissante, les entrepreneurs locaux proposent une large gamme de produits cosmétiques. Il s’agit notamment de parfums, de savons naturels, de produits de maquillage, de produits capillaires, de pommades naturelles, de produits pour augmenter le volume des fesses et des seins, ainsi que de crèmes pour le corps. D’autres entrepreneurs proposent des matières premières naturelles aux fabricants de ces produits.

Maquillage pour l’embellissement du visage

C’est la tendance. Toutes les femmes africaines se sont ruées sur le maquillage. Du pinceau, des fards à paupières, du fond de teint, une touche de rouge à lèvres et les voilà prêtes à conquérir le monde. C’est un effet de mode qui a traversé les frontières et qui s’est installé progressivement dans les habitudes des femmes africaines.

Pour les Africaines qui ont par excellence une peau hyper pigmentée, la balance penche beaucoup plus pour les produits moins agressifs. Et surtout, une grande variété de produits pour s’adapter à chaque type de peau noire (ébène, mate, foncée, claire, bronzée).

Le marché est demandeur. On porte du maquillage pour une fête, une sortie, un défilé de mode, sur les médias, au boulot, un mariage, une dot…

Des parfums sans produits chimiques

Les parfums et les déodorants représentent une part importante de l’industrie cosmétique en Afrique. De nombreuses marques proposent aujourd’hui une large gamme de parfums pour hommes et femmes ainsi que des déodorants naturels sans produits chimiques nocifs. Les marques proposent différentes senteurs, des brumes, des huiles essentielles…

Des fesses et des seins sans chirurgie plastique

Un certain nombre de petites entreprises fabriquent des produits destinés à augmenter la taille des fesses et des seins. Les astuces de grand-mère sont également d’actualité.

Ces produits sont très populaires chez les femmes notamment au Nigeria, au Sénégal, en République démocratique du Congo, au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Bénin entre autres. Ils existent pour la plupart en suppositoire, en pommade, en gélule, en huile ou en poudre. Que ce soit du kaolin en suppositoire ou du fenugrec en huile ou mieux encore du beurre d’Akpi, tout est bon pour le seul et unique but : augmenter le volume des fesses, galber la silhouette et raffermir les seins.

Ces produits sont souvent très convoités, car ils sont censés être une alternative plus sûre à la chirurgie plastique. Pourquoi dépenser des fortunes dans le BBL (Brazilian Butt Lift, une intervention de chirurgie esthétique destinée à augmenter le volume des fesses et seins) ou la chirurgie plastique si le kaolin est disponible à prix dérisoire pour faire le boulot ?

Des pommades bio pour un teint éclatant

Les pommades bio ont connu une croissance considérable ces dernières années en Afrique. Les consommateurs recherchent des produits respectueux de l’environnement, fabriqués à partir d’ingrédients naturels et sans produits chimiques nocifs. Ces pommades sont utilisées pour les soins du corps et donnent de l’éclat à la peau. Elles sont également utilisées pour le soin des cheveux et des ongles, ainsi que pour traiter des affections telles que l’acné et les éruptions cutanées.

Savons naturels à base d’huile végétales

Les savons naturels ont également pris leur place sur le marché des cosmétiques en Afrique. Ils sont fabriqués à partir d’ingrédients naturels tels que l’huile d’olive, l’huile de coco, l’huile d’avocat, le beurre de karité et d’autres ingrédients naturels. Les savons naturels sont connus pour leur efficacité dans le traitement de l’acné, des éruptions cutanées et des inflammations de la peau. Ils sont bénéfiques pour la peau grâce à leurs propriétés hydratantes et nourrissantes.

La course contre la montre des marques capillaires face au retour aux cheveux crépus

Le mouvement «Natural Happy» (Nappy) lancé aux États-Unis dans les années 2000 a permis à de nombreuses femmes africaines de renouer avec leurs cheveux crépus. Avant cette initiative, les marques de produits capillaires se concentraient sur la fabrication de produits destinés à défriser et à dompter les cheveux. Cependant, le retour aux cheveux naturels oblige ces marques à trouver des produits capillaires qui répondent aux exigences des cheveux crépus.

Ainsi, plusieurs marques de produits capillaires ont vu le jour pour répondre à la demande croissante. Il existe plusieurs marques de produits capillaires en Afrique, notamment Origine Terre, Reen d’Afrique, Afro and Nature, We naturals, Kari Dari…Ces marques s’efforcent de mettre en valeur et d’embellir les cheveux crépus, quelle que soit leur texture.

Le marché des cosmétiques : des opportunités pour les entrepreneurs

Le marché des cosmétiques en Afrique est une opportunité pour les entrepreneurs, en particulier pour les entrepreneurs locaux qui peuvent répondre aux besoins spécifiques des consommateurs africains. Les tendances actuelles montrent que les produits naturels et les produits respectueux de l’environnement et de la santé humaine sont très recherchés.

Selon l’Union africaine, le continent a la population la plus jeune du monde avec plus de 400 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans. Cette jeunesse représente un marché immédiat pour les produits cosmétiques. Les femmes, qui sont le principal segment concerné par les produits de beauté, représentent plus de 50 % de la population africaine. Investir dans les cosmétiques naturels en Afrique est donc une opportunité à saisir par les entrepreneurs pour satisfaire la demande et participer au développement économique du continent.

De plus, la personnalisation des produits pour répondre aux besoins spécifiques des clients est également importante pour réussir sur le marché des cosmétiques en Afrique. Les investissements dans la formation et le développement de la chaîne d’approvisionnement peuvent améliorer la qualité des produits, réduire les coûts et stimuler la croissance.

L’Afrique regorge de ressources naturelles qui ne demandent qu’à être exploitées. Qu’il s’agisse du beurre de karité, du beurre de cacao, de l’aloe vera ou d’autres produits, le continent dispose de tout le potentiel nécessaire à la fabrication de cosmétiques 100 % naturels. D’ailleurs, depuis plusieurs années, des entreprises se sont lancées dans la production et la fourniture de matières premières aux fabricants de produits cosmétiques. Il s’agit notamment de Tchaou Group, une entreprise béninoise qui produit et fournit des huiles végétales extra vierges, des poudres végétales, des beurres végétaux aux fabricants de produits cosmétiques naturels en Afrique et ailleurs. Ces initiatives sont autant d’opportunités pour les fabricants de cosmétiques d’accéder plus facilement aux matières premières.

Les défis pour les entreprises du domaine cosmétique

Comme tout autre secteur, l’industrie des cosmétiques en Afrique est confrontée à des défis. Les producteurs locaux ont du mal à concurrencer les produits importés, qui sont souvent plus chers mais perçus comme étant de meilleure qualité. L’absence de réglementation appropriée en matière de cosmétiques constitue un défi majeur. Les fabricants locaux de cosmétiques doivent adopter des normes de qualité élevées pour gagner la confiance des consommateurs et éviter les poursuites judiciaires.

Cependant, la production de matières premières se heurte à des obstacles qui l’empêchent de répondre aux normes internationales. Cela s’explique en partie par les systèmes en place dans les pays. « Au Bénin par exemple, si vous êtes un producteur de matières premières, je ne pense pas qu’il y ait un laboratoire aujourd’hui ou un organisme capable d’analyser vos produits et de vous fournir une fiche technique proprement dite et vous délivrer une certification si vous en avez besoin », explique Ghislain Tchaou, Manager de Tchaou Group, une entreprise lancée en 2020.

Face à ces difficultés, l’entreprise peine parfois à honorer les commandes importantes.  « Quand vous faites ce que nous faisons, vous êtes obligés de faire recours à Ecocert, qui n’est pas une organisation africaine ». Les services de cet organisme français sont donc plus chers pour l’entreprise. « L’intervention d’Ecocert pour faire ses contrôles, envoyer ses consultants, jusqu’à certification c’est beaucoup d’argent et quand vous n’avez pas ces moyens là…vous vous retrouvez limité », a-t-il déploré.

De plus, Ecocert ne délivre que des certifications biologiques. Or, les acheteurs ne veulent pas nécessairement des produits certifiés biologiques. L’entreprise produit ces matières premières dans le strict respect de la charte de production éco-responsable. Et ce dont l’entreprise a besoin, « c’est un organisme qui soit en mesure de venir faire ses investigations, d’analyser les produits et de nous produire des fiches techniques pour nous permettre de pouvoir nous exporter facilement et de vendre sur le marché international », explique le Manager de Tchaou Group.

En outre, le financement est un obstacle pour de nombreuses entreprises de cosmétiques en Afrique. Obtenir un financement pour les petites et moyennes entreprises est un véritable défi. Selon Ghislain Tchaou, les banques sont réticentes lorsqu’il s’agit de soutenir les jeunes entreprises, car elles n’ont pas de garanties à fournir. « Le seul moyen de financement qui nous permet d’avancer c’est le capital-risque, des amis, des partenaires, des gens qu’on rencontre lors des événements et qui épousent notre idée », a-t-il déclaré.

Face à ces défis, l’entreprise prévoit de changer sa façon de travailler, à long terme. « Autrefois, notre priorité était de travailler, de réunir beaucoup d’argent pour étendre notre usine de production et élever nos standards aux exigences internationales ». Aujourd’hui, la priorité à moyen et long terme de l’entreprise est de faire évoluer son business model. Au lieu d’investir davantage dans la production, « nous comptons désormais devenir une sorte de plateforme qui connecte les chercheurs de matières premières naturelles et les producteurs de matière premières naturelles », a déclaré le manager du groupe. Ce projet permettra à l’entreprise de profiter des flexibilités qu’offrent d’autres pays en matière d’importation de matières premières.

Les perspectives de croissance du secteur des cosmétiques restent énormes

Malgré les défis auxquels est confrontée l’industrie des cosmétiques en Afrique, les perspectives de croissance sont considérables. Tirée par l’émergence de la classe moyenne, l’industrie devrait connaître une croissance rapide dans les prochaines années. En outre, des sociétés de cosmétiques étrangères, telles que Estée Lauder et L’Oréal, voient un potentiel de croissance en Afrique et investissent en permanence dans le secteur.

Les entrepreneurs locaux peuvent donc saisir les opportunités offertes par ce marché en plein essor. Elles pourraient se concentrer sur la production et la vente de produits naturels et biologiques et sur la personnalisation des produits pour répondre aux besoins spécifiques des clients. Les investissements dans la formation et le développement de la chaîne d’approvisionnement amélioreront la qualité des produits et réduiront les coûts.

L’industrie cosmétique en Afrique offre de nombreuses opportunités aux entrepreneurs locaux. Ce marché en pleine croissance est prêt à accueillir de nouveaux venus. Toutefois, ils devront faire preuve d’innovation et de qualité pour se démarquer et réussir à s’imposer.

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